Vendredi 10 mai, Jean-Pierre Couture était à Café-jasette pour nous présenter une conférence sur les Nouveaux Visages du nationalisme conservateur au Québec.
Jean-Pierre Couture, professeur à l'école d'études politiques de l'Université d'Ottawa, est revenu sur le contexte et le "pourquoi" de la rédaction de son livre, Les Nouveaux visages du nationalisme conservateur au Québec, co-écrit avec Jean-Marc Piotte.En gardant un lien avec l'actualité, comme par exemple la réforme de la loi 101, le débat sur l'enseignement de l'histoire ou encore les tenants du nationalisme conservateur dans les médias d'opinion, l'auteur a partagé avec le public ses réflexions sur les tournants identitaires du mouvement indépendantiste au Québec.
Voici, ci-dessous, le lien vers l'enregistrement de la conférence pour celles et ceux qui l'auraient loupée, ou qui voudraient la réécouter.
https://soundcloud.com/caf-jasette/caf-jasette-le-nationalisme
Affichage des articles dont le libellé est Québec. Afficher tous les articles
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jeudi 16 mai 2013
Enregistrement de la conférence de Marcos Ancelovici
Vendredi 19 avril, Marcos Ancelovici était à Café-jasette pour nous présenter une conférence sur les mouvements sociaux et la répression policière au Québec.
Voici, ci-dessous, le lien vers l'enregistrement de la conférence pour celles et ceux qui l'auraient loupée, ou voudraient la réécouter.
https://soundcloud.com/caf-jasette/caf-jasette-mouvements-sociaux
Voici, ci-dessous, le lien vers l'enregistrement de la conférence pour celles et ceux qui l'auraient loupée, ou voudraient la réécouter.
https://soundcloud.com/caf-jasette/caf-jasette-mouvements-sociaux
mardi 16 avril 2013
Le nationalisme conservateur au Québec
Les conférences Café-Jasette vous proposent le vendredi 10 mai, à partir de 19h, au café La Petite Cuillère (3603 St-Denis, métro Sherbrooke), une conférence sur les nouveaux visages du nationalisme conservateur au Québec.
Café-Jasette recevra pour cette soirée Jean-Pierre Couture, professeur à l'école d'études politiques de l'Université d'Ottawa, qui reviendra sur le contexte et le "pourquoi" de la rédaction de son livre, Les Nouveaux visages du nationalisme conservateur au Québec, co-écrit avec Jean-Marc Piotte.
En gardant un lien avec l'actualité, comme par exemple la réforme de la loi 101, le débat sur l'enseignement de l'histoire ou encore les tenants du nationalisme conservateur dans les médias d'opinion, l'auteur partagera avec le public ses réflexions sur les tournants identitaires du mouvement indépendantiste au Québec.
La conférence sera suivie par une période de questions et de débats avec la salle.
Entrée libre et gratuite!
Bières, vin, boissons chaudes, tartines et sandwiches en vente sur place à La Petite Cuillère.
Café-Jasette recevra pour cette soirée Jean-Pierre Couture, professeur à l'école d'études politiques de l'Université d'Ottawa, qui reviendra sur le contexte et le "pourquoi" de la rédaction de son livre, Les Nouveaux visages du nationalisme conservateur au Québec, co-écrit avec Jean-Marc Piotte.
En gardant un lien avec l'actualité, comme par exemple la réforme de la loi 101, le débat sur l'enseignement de l'histoire ou encore les tenants du nationalisme conservateur dans les médias d'opinion, l'auteur partagera avec le public ses réflexions sur les tournants identitaires du mouvement indépendantiste au Québec.
La conférence sera suivie par une période de questions et de débats avec la salle.
Entrée libre et gratuite!
Bières, vin, boissons chaudes, tartines et sandwiches en vente sur place à La Petite Cuillère.
jeudi 4 avril 2013
Mouvements sociaux et répression policière au Québec
Les conférences Café-Jasette vous proposent le vendredi 19 avril, à partir de 19h, au café La Petite Cuillère (3603 St-Denis, métro Sherbrooke) une conférence sur les mouvements sociaux et la répression policière au Québec.
La conférence sera donnée par Marcos Ancelovici, professeur au département de sociologie de McGill et sera suivie par une période de questions et de débats avec le public.
Entrée libre et gratuite!
Bières, vins, boissons chaudes, sandwiches et tartines en vente sur place à la Petite Cuillère.
samedi 2 mars 2013
Histoire des femmes au Québec et sous la République de Weimar
Les conférences Café-Jasette vous proposent le vendredi 8 mars, à partir de 18h30, au café La Petite Cuillère (3603 St-Denis, métro Sherbrooke), deux conférences pour célébrer la Journée Internationale des Femmes.
En partenariat avec Historia Montrealis (regroupement des étudiants de cycles supérieurs en histoire de Montréal) Café-Jasette recevra Denyse Baillargeon et Rosemarie Schade, toutes deux historiennes des femmes.
En partenariat avec Historia Montrealis (regroupement des étudiants de cycles supérieurs en histoire de Montréal) Café-Jasette recevra Denyse Baillargeon et Rosemarie Schade, toutes deux historiennes des femmes.
Denyse Baillargeon, professeure titulaire au département d'histoire de l'Université de Montréal, viendra nous parler de son livre Brève histoire des femmes au Québec.
Rosemarie Schade, professeure au département d'histoire de l'université Concordia présentera une conférence en anglais sur l'histoire des femmes sous la République de Weimar.
Entrée libre et gratuite!
Bières, vins, boissons chaudes, sandwiches et tartines en vente sur place à la Petite Cuillère.
mercredi 13 février 2013
"Idle know more!" : histoire des revendications autochtones au Canada
Les conférences Café-Jasette vous proposent le jeudi 28 février, à partir de 19h, au café La Petite Cuillère (3603 St-Denis, métro Sherbrooke), une conférence sur l'histoire des revendications autochtones au Canada.
Brian Gettler, titulaire d'un doctorat en histoire, viendra discuter de l'histoire des mouvements et des revendications autochtones. Il insistera essentiellement sur une mise en contexte de quelques éléments de l'actualité.
L'entrée est libre et gratuite!
Brian Gettler, titulaire d'un doctorat en histoire, viendra discuter de l'histoire des mouvements et des revendications autochtones. Il insistera essentiellement sur une mise en contexte de quelques éléments de l'actualité.
L'entrée est libre et gratuite!
lundi 5 novembre 2012
Et si le crime nous concernait tous?
Les conférences Café-Jasette vous proposent, dans le cadre de la semaine de la justice réparatrice, le mercredi 21 novembre, dès 19h, au café La Petite Cuillère, 3603 St-Denis, une conférence intitulée : "Et si le crime nous concernait tous? témoignage d'une victime et d'un ex-détenu".
Faire justice réparatrice, c'est voir et aborder les crimes et les conflits principalement comme des torts faits à des personnes et à des relations (extrait de la définition du Service correctionnel du Canada).
La justice réparatrice s’intéresse autant aux agresseurs pour les aider à une prise de conscience de l’impact de leurs actes sur des personnes et sur la société, qu’aux victimes pour les aider à se libérer des charges affectives destructives causées par l’acte criminel. Elle a un impact communautaire important en resserrant le tissu social par la responsabilisation et la compréhension mutuelle des parties.
Il s'agit donc d'une perspective différente de la justice pénale.
La justice pénale se définit comme une atteinte à l'État tandis que la justice réparatrice vise la restauration du lien social que le crime a brisé.
Pour en savoir plus : http://www.csjr.org/
La conférence sera animée par Fabien Torres, Sylvie Vanasse et Daniel Benson.
L'entrée est libre et gratuite, les contributions sont volontaires pour soutenir cette association dans son travail. On fait passer le chapeau!
Faire justice réparatrice, c'est voir et aborder les crimes et les conflits principalement comme des torts faits à des personnes et à des relations (extrait de la définition du Service correctionnel du Canada).
La justice réparatrice s’intéresse autant aux agresseurs pour les aider à une prise de conscience de l’impact de leurs actes sur des personnes et sur la société, qu’aux victimes pour les aider à se libérer des charges affectives destructives causées par l’acte criminel. Elle a un impact communautaire important en resserrant le tissu social par la responsabilisation et la compréhension mutuelle des parties.
Il s'agit donc d'une perspective différente de la justice pénale.
La justice pénale se définit comme une atteinte à l'État tandis que la justice réparatrice vise la restauration du lien social que le crime a brisé.
Pour en savoir plus : http://www.csjr.org/
La conférence sera animée par Fabien Torres, Sylvie Vanasse et Daniel Benson.
L'entrée est libre et gratuite, les contributions sont volontaires pour soutenir cette association dans son travail. On fait passer le chapeau!
dimanche 14 octobre 2012
Briser la glace
Il y a t-il meilleur sujet de conversation que le sport? Simple, neutre et populaire, aucune raison que ça se passe mal, non? Pour la dernière partie du dossier d'Espace Public consacré au sport, M., nous démontre tout l'intérêt du sport comme lubrifiant social.
Briser la Glace
Briser la Glace
True
story…
J’ai un client assis à côté de
moi, je décide de faire la conversation pour tisser des liens, faire du PR comme on dit.
-
Vous
venez d’où?
-
De
Québec
Je me rappelle alors qu’Andrée
Boucher vient d’être élue mairesse de notre capitale nationale. Supposant que
mon dégoût est universel, J’enchaîne :
-
Ah
oui? Moi je ne comprends pas ce qui se passe dans votre coin de pays. Avec les
radios poubelles et la mairesse Boucher, je me demande vraiment ce qui se passe
avec les gens de Québec.
-
J’ai
fait parti de l’équipe électorale de Mme Boucher quand elle est devenue
mairesse de Sainte-Foy…
Malaise…
Première leçon de PR, ne jamais parler de politique avec
un client, à moins de savoir ce qu’il va dire. Non, je n’ai pas perdu le
client : en fait, il m’a admis qu’il trouvait que Mme Boucher avait dérapé
depuis son premier mandat et qu’elle était devenue, somme toute, mégalomane. Je
l’ai échappé belle!
Reste que s’il peut sembler évident
que ce genre d’intervention polémique est généralement mal venue dans les
relations d’affaires, l’éventail des sujets abordables lors d’échanges rapides
peut rapidement devenir lassant. La température?
–
Il fait beau hen?
– Il va pleuvoir demain.
– Avez-vous profité du beau temps
cette fin de semaine?
Vraiment le meilleur moyen de donner
l’impression à quelqu’un qu’on n’a pas vraiment envie de jaser. Quand à moi,
c’est plutôt un outil repoussoir pour éviter que la conversation se développe.
Quelque chose de plus personnel? Le travail? La famille?
-
Vous
faites quoi dans la vie?
-
Ça
va bien au travail?
-
Vous
avez des enfants? Ils ont quel âge?
Ou
le très simple
-
Comment
va la vie?
Meilleur moyen pour que votre
patron, qui est dans sa crise de la quarantaine, vous parle de la décapotable
qu’il vient d’acheter. À moins de s’y connaître en voiture, difficile de porter
le ballon.
Alors, en toute autorité, je me
propose de vous expliquer comment aborder quelqu’un que l’on ne connaît pas :
il faut trouver un sujet de conversation susceptible de stimuler les passions
de votre interlocuteur (et possiblement la vôtre), tout en évitant les
polémiques embarrassantes. On évite donc :
-
Pour
moi, les Amish, c’est des gens qui aiment trop l’Halloween.
-
Je
m’excuse, mais les juifs d’Outremont, ils conduisent mal.
-
Les
délinquants, maintenant, on les laisse partir avec une petite tape sur les
doigts, en leur disant de pas recommencer… Moi je suis pour la peine de mort!
-
Vous
vous êtes fait checker les seins
récemment? Il paraît que vous avez l’âge où les tumeurs apparaissent.
(Je
ne vous dirai pas lesquelles de ces conversations j’ai dû soutenir…)
Pour éviter les situations
embarrassantes, parce qu’on n’est jamais à l’abri d’un manque de jugement qui
nous met dans l’embarras, je vous suggère plutôt de parler de sport
professionnel… Eh oui! Que vous aimiez ou non, difficile de trouver plus
efficace pour toucher la fibre émotionnelle de quelqu’un sans risquer de le
froisser aussi facilement qu’en parlant des Canadiens de Montréal, des Red Sox
de Boston ou des Cowboys de Dallas. Je dirais même plus, si vous faites du PR à l’étranger, vous devriez en
apprendre sur les résultats des équipes professionnelles dans la ville où vous
allez :
-
Qu’est-ce
que vous pensez du lock-out?
-
Vous
pensez que les Red Sox vont faire mieux la saison prochaine?
-
Vous
saviez que Pedro Martinez était à Montréal avant?
Avec le sport, même les blagues,
les polémiques et les taquineries passent bien :
-
Pis,
Lance Armstrong, drogué?
-
Savez-vous
ce qu’on a à Montréal que vous avez pas à Toronto? Des photos en couleur de la
coupe…
-
Jacques
Demers est sénateur.
Une fille m’a déjà avoué qu’elle
abordait des gars en leur demandant :
-
Pas
fort ces-temps-ci Kovalev? (oui, ça fait quelques années)
Et dire que la LNH s’apprête à
nous enlever un des seuls sujets passionnels disponibles pour briser la glace
avec nos concitoyens…
Mais attention! Il paraît que les
amateurs de soccer se battent et, parfois, se tuent, alors ne me tenez pas
responsable si vous appliquez mes conseils avec trop de zèle. Les Européens et
les Sud-Américains, ils sont d’une autre culture…
M.
M.
vendredi 12 octobre 2012
Sport et nation
Dans ce deuxième volet du dossier d'Espace Public consacré au sport, Guillaume Tremblay traite des liens entre sport et nation. Couple improbable ou alliés naturels? Le sport, activité internationale, arrive-t-il vraiment à transcender la nation? ou la construit-elle?
Sport et nation
Sport et nation
« En des temps si lointains qu'les franco s'appellaient Canadiens
À une époque où les pucks étaient faites de crottin
On a réuni des hommes dont le destin commun est comme un film sans fin
En Technicolor, et tricolore :
Bleu comme le St-Laurent
Blanc comme l'hiver
Rouge comme le sang qui nous coule à travers
Le corps de l'équipe c'est le coeur de la nation
Et chaque année, faut clore avec une célébration »
- Loco Locass, Le but
L’idée de
lier, de traiter conjointement nation et sport est loin d’être nouvelle. Le
sport souvent s’incarne comme symbole politique, comme espace identitaire,
comme point de rencontre diplomatique. Qu’on pense à la Série du siècle en pleine
Guerre froide, à la demi-finale olympique de water-polo opposant, en 1956,
Hongrie et Union soviétique (le fameux « Bain de sang ») dans la
foulée de l’insurrection de Budapest, à la « Guerre du football »
entre le Salvador et le Honduras, ou encore, qu’on pense au mythe du Rocket
chez les Québécois ou à la victoire de l’Afrique du Sud lors de la coupe du
monde de rugby en 1995, les exemples de rapprochements divers entre sport et
nation ne manquent pas. Mais pourquoi un tel rapprochement ? Après tout, le
sport est éminemment international, au sens où on le retrouve partout à travers
le monde, au sens où il n’est pas l’apanage d’une identité nationale unique; il
est aussi éminemment transnational, principalement avec la commercialisation du
sport où les impératifs de victoires entrainent la majorité des équipes à
recruter les meilleurs joueurs possible, d’où qu’ils viennent. Pourquoi, alors,
le couple sport et nation est-il si évident ?
Notons d’emblée que cette adéquation
s’effectue à trois niveaux : chez l’individu d’abord, par projection de lui-même sur les sportifs représentant la nation ou par projection des
valeurs associées à la nation sur les équipes ou leurs représentants ; ensuite, au niveau
étatique/médiatique où le sport devient un vecteur de propagande patriotique
et/ou commerciale en jouant sur les sentiments d’appartenance et le désir
d’émulation ; et enfin, simplement, au niveau structurel alors que la
pratique du sport elle-même est, aux plus hauts niveaux – donc aux niveaux les
plus médiatisés – organisée en des termes nationaux : équipes nationales,
compétitions internationales. C’est
principalement sur le deuxième niveau que nous allons nous pencher.
Le monde du sport repose sur un
complexe de valeurs que l’on retrouve, à des degrés divers, d’une discipline à
l’autre ou qui parfois sont le propre de disciplines spécifiques. Arjun
Appadurai parle de « forme culturelle dure » pour expliquer cet
ensemble de liens entre valeurs, sens et pratique qui est difficile à briser ou
à transformer et qui est, selon l’anthropologue, jusqu’à un certain point le propre de tout
sport régit par une série de règles. Cette forme culturelle dure est présente
dans ces espaces sportifs « qui en viennent à contenir les valeurs morales
centrales de la société qui les a produits. »[1]
De là, il n’y a qu’un pas pour dire qu’à bien des niveaux, sports et nations
partagent de nombreuses valeurs ou, pris d’une autre manière, un appareil
symbolique partagé. Et ce lien symbolique fait assurément le jeu des États.
En effet, avec
le sport et sa (sur)médiatisation, on baigne assurément dans le monde du symbole,
de la métonymie perpétuée match après match. Tous les intervenants du milieu du sport, consciemment ou inconsciemment
construisent, maintiennent et reproduisent ce lien entre sport et nation. Ceci
est particulièrement flagrant dans les organismes officiels comme Sport Canada
(et ses équivalents ailleurs sur la planète) et dans le monde des médias qui
raffole de ce « nation building » que sont les Olympiques, le Mondial
de soccer ou même les séries de la Coupe Stanley où les équipes canadiennes
méritent toujours plus d’attention. Et cette multiplication de liens
symboliques, forcée ou non, renvoient à une certaine construction identitaire.
Traitant du cas spécifique du Canada et du
hockey, Tony Patoine écrit :
On
dira donc que le hockey contribue à la construction nationale à tous les
niveaux. C’est-à-dire qu’il participe, en première ligne, à la création d’une
identité canadienne, d’une unité canadienne et d’un imaginaire national
canadien, donc qu’il est partie prenante de la mythologie et de l’idéologie
canadienne.[2]
Cette relation est dialogique, chacune des deux parties renvoyant à
l’autre. On peut constater cette relation en suivant une fois de plus l’exemple
canadien. En 2004, CBC lance un concours/sondage à l’échelle du pays visant à
déterminer le plus grand (au sens d’important ou de significatif) Canadien de
tous les temps. Le concours intitulé The
Greatest Canadian – réalisé sans la participation de Radio-Canada,
réduisant donc de manière significative la voix francophone dans la
représentation de la « canadienneté », et imposant par le fait même
une certaine vision de la nation – compte parmi ses dix finalistes trois
personnalités du monde du sport. Trois sur dix ! Passons outre le fait
qu’aucune femme ne se retrouve parmi les finalistes, qui ne comptent d’ailleurs
qu’un seul Québécois, P-E Trudeau de surcroît, il semble particulièrement
significatif qu’un concours visant à déterminer la personne qui incarne de la
façon la plus admirable les valeurs de la nation canadienne ait 30 % de
« sportifs » parmi ses finalistes (Wayne Gretzky, Don Cherry et Terry
Fox).
Il faut dire que dans
le lien symbolique unissant sport et nation et qui sert la propagande étatique,
il est commode de jouer sur la personnification. Soit, plus encore que l’idée
de faire paraître l’athlète comme un modèle à suivre pour le peuple par les
valeurs qu’il (soit-disant) incarne (détermination, abnégation, courage,
discipline, etc.), l’idée que l’athlète (ou l’équipe) incarne directement les valeurs
de la nation, qu’il symbolise la nation même. Encore une fois, on est dans la
métonymie. Ce qui rejoint pleinement les propos de Georges Minois parlant des héros,
de leur construction, « Le grand homme que l’on vénère n’est jamais
l’homme tel qu’il a vécu, avec ses défauts, ses petitesses, ses banalités. Ce
que l’on vénère, c’est son image, celle qu’il a forgée avec son entourage et
que la société accepte… »[3]
Sport et nation construisent l’image l’un de l’autre.
Guillaume Tremblay
[1] Arjun Appadurai, Modernity at Large. Cultural Dimensions of
Globalization, University of Minnesota Press, Minneapolis, 1996, p. 90.
[2] Tony
Patoine, « “On est Canayen ou ben on l’est pas”. Hockey, Nationalisme et
identités au Québec et au Canada » dans Normand Baillargeon et
Christian Boissinot, La vraie dureté du
mental. Hockey et Philosophie, PUL, Québec, 2009, p. 15.
[3] Georges
Minois, Le culte des grands hommes :
des héros homériques au star system, Louis Audibert, Paris, 2005, p. 9.
dimanche 30 septembre 2012
Panoramix 2.0 : le druidisme à l'ère de facebook
La conférence de ce soir est annulée et reportée à une date ultérieure.
Les conférences Café-Jasette vous proposent le vendredi 12 octobre, dès 19h , au café La Petite Cuillère, 3603 St-Denis, une conférence intitulée : "Panoramix 2.0 : le druidisme à l'ère de facebook."
La conférence sera donnée par Nicolas Boissière, doctorant en anthropologie à l'UQAM.
L'entrée est libre et gratuite, les contributions sont volontaires pour remercier le conférencier de son travail. On fait passer le chapeau!
Les conférences Café-Jasette vous proposent le vendredi 12 octobre, dès 19h , au café La Petite Cuillère, 3603 St-Denis, une conférence intitulée : "Panoramix 2.0 : le druidisme à l'ère de facebook."
La conférence sera donnée par Nicolas Boissière, doctorant en anthropologie à l'UQAM.
L'entrée est libre et gratuite, les contributions sont volontaires pour remercier le conférencier de son travail. On fait passer le chapeau!
samedi 15 septembre 2012
Les "vraies affaires"
Si l'on devait définir un projet de société à partir de la précédente campagne électorale québécoise, qu'en retiendrait-on?
Quels furent les enjeux et les idées mises en avant? par qui et pourquoi? Qui les a défini?
C'est ce que se propose d'aborder, en partie, M. à travers son texte : Les "vraies affaires".
M.
Quels furent les enjeux et les idées mises en avant? par qui et pourquoi? Qui les a défini?
C'est ce que se propose d'aborder, en partie, M. à travers son texte : Les "vraies affaires".
Les « vraies
affaires »
En
juillet 2011, le député Bernard Drainville invitait les citoyens du Québec à
« réfléchir au Québec qu’on veut » et à lui transmettre les résultats
de leurs réflexions. Au terme de cette consultation, il concluait que
« les Québécois ont mal à leur démocratie », qu’ils ont envie de
changement et que, si le Parti Libéral et le Parti Québécois font partie du
problème, le véritable enjeu était la rénovation de la démocratie. Bernard
Drainville, fort de ses conclusions, proposa alors de réformer notre système
démocratique en y introduisant, par exemple, le référendum d’initiative
populaire et une forme de proportionnelle dans notre mode de scrutin.
Dans
sa chronique du 26 août 2011, Josée Boileau, chroniqueuse au journal Le Devoir, lui répondait que le
désenchantement de la population face à la politique n’avait rien à voir avec
les modalités de notre régime politique, qu’une démocratie trop directe
équivaudrait à une véritable « dictature du peuple » et que, de toute
façon, la population n’avait pas d’intérêt pour ce genre de discussion abstraite
qui ne touche pas « la vraie vie » des électeurs.
Bref,
il semblerait que la rénovation de la démocratie ne tombe malheureusement pas
dans la catégorie très connue des « vraies affaires », mais plutôt
dans celle, moins connue, des « fausses affaires ». On pourrait
certainement protester en rappelant que Bernard Drainville a reçu des centaines
de courriels de gens intéressés par la démocratie québécoise ou encore que
plusieurs électeurs votent pour Québec solidaire précisément parce qu’il
propose d’introduire la proportionnelle dans notre mode de scrutin… Mais si
Josée Boileau a raison, une question se pose : mais que sont les
« vraies affaires » au juste?
J’ai
récemment obtenu une réponse (partielle) à cette question. Quel ne fut pas mon
plaisir lorsque j’écoutais Alec Castonguay et Michel C. Auger, analystes à
l’émission de Radio-Canada Les coulisses
du pouvoir, expliquer qu’en offrant des crédits d’impôt aux Québécois, Jean
Charest et François Legault faisaient une campagne moderne, inspirée des
tactiques du parti conservateur du Canada, et s’adressait au vrai monde.
J’avoue que je ne l’aurais pas deviné seul : les crédits d’impôt aux
particuliers, ce sont les « vraies affaires »!
Si la promesse de Jean Charest de donner 500$
à chaque Québécois qui investit dans une entreprise impliquée dans le Plan Nord
ou celle de François Legault d’offrir un crédit d’impôt de 1000$ aux familles
pour l’achat d’une première maison constitue une évolution du discours
politique à la faveur de ce qui touche vraiment les gens, permettez-moi de
douter de la santé de notre démocratie. À bas les grands principes qui guident
nos gouvernements, à bas les réformes démocratiques, parlez-nous de ce que vous
mettrez dans notre portefeuille. Nous voici revenus à l’époque où les candidats
de l’Union nationale s’installaient sur le perron de l’église du coin pour
distribuer les billets de banque à leurs électeurs potentiels, sauf que
maintenant il n’est plus nécessaire de se présenter à l’Église pour recevoir
les « piastres » (n’est-ce pas là le meilleur indicateur de la
laïcité de l’État québécois?). Comble du ridicule, ces crédits d’impôt n’ont
que peu d’impact sur l’état financier des familles.
Il
est malheureux que nos analystes politiques accordent autant d’importance à des
mesures fiscales mineures, mais si peu à ce qui pourrait potentiellement
devenir un projet de société à débattre. Il est probablement vrai que l’apathie
politique de la dernière décennie nous a habitués au désillusionnement et au
cynisme : en ce sens, on peut comprendre les journalistes de ne pas trop s’enthousiasmer
devant les projets d’envergure comme celui de Bernard Drainville. Ce serait
cependant un danger que de réduire de telles initiatives à des élucubrations
utopistes et inutiles : le rôle des analystes politiques, après tout,
n’est pas de conforter l’électorat dans son désenchantement.
D’ailleurs,
la volonté populaire en faveur d’une plus grande prise de parole citoyenne que
le député du PQ constatait à l’été 2011 aura certainement été confirmée au
printemps dernier. Certes, la rénovation de la démocratie québécoise n’a pas
tellement été à l’ordre du jour durant la campagne électorale, mais il ne
faudrait pas en faire trop hâtivement la nécrologie. Parfois, il faut attendre
la montée d’une nouvelle génération de politiciens pour trouver le porte-étendard
d’un projet de société ambitieux.
M.
jeudi 13 septembre 2012
Le cynisme d’un vote stratégique
Espace Public continue à s'intéresser à la campagne électorale québécoise et aux thèmes abordés par les principaux médias et partis.
Nous vous proposons aujourd'hui un texte de Fabien Torres sur la notion du vote stratégique. Peut-on ainsi échapper à ce calcul dans le système électoral québécois?
Nous vous proposons aujourd'hui un texte de Fabien Torres sur la notion du vote stratégique. Peut-on ainsi échapper à ce calcul dans le système électoral québécois?
Le cynisme d’un vote stratégique
Là
où il n’y a pas égalité de représentation, on peut poser hardiment en fait
qu’il n’y a pas de démocratie. L’essence de la démocratie, c’est l’égalité; et
partout où les minorités risquent d’être étouffées (…), partout où elles n’ont
pas leur influence proportionnelle sur la direction des affaires publiques, le
gouvernement n’est au fond qu’un gouvernement de privilège, au profit du plus
grand nombre [1].
Lorsqu’on est gouverné, au niveau canadien,
par le Parti Conservateur du Canada qui a recueilli 40% des voix en 2011 et qui
détient 54% des sièges au Parlement Canadien et, au niveau provincial, par le
Parti libéral du Québec, qui a recueilli 42% des voix en 2008 (après en avoir
récolté 33% une petite année avant) et qui représente 51% des députés de
l’Assemblée Nationale du Québec, il n’est pas étonnant de voir le thème du
« vote stratégique » revenir à chaque campagne électorale.
Au Canada, comme au Québec, le système
électoral en vigueur est celui du scrutin
uninominal majoritaire à un tour. Il est difficile de faire un système plus
simple. Son premier, voire son unique avantage, est économique. Son principal
inconvénient, vous vous en doutez, la représentation
non-proportionnelle des partis par rapport au nombre de votes.
Il en découle plusieurs scénarios selon
les différentes circonscriptions du Québec.
Premier scénario, un individu a le
choix entre voter pour le parti qui a de fortes chances d’être élu, ou de
perdre son vote si le parti est imbattable dans sa circonscription. Un exemple :
le député libéral Jacques Chagnon de la circonscription de
Westmount-Saint-Louis. En poste depuis 1994, avec 75% des voix en 2008. Les 25%
des voix restantes sont donc « perdues ». Dans une telle circonscription,
une connaissance m’a avoué qu’elle voterait pour le PLQ ou la CAQ, deux partis
à l’opposé de ses convictions. Elle donnerait sa voix à celui qui a le moins de
chances de l’emporter entre les deux afin de diminuer la victoire de l’autre.
Ceci est, à mes yeux, un acte qui révèle un grand cynisme à l’égard de la
politique.
Second scénario, deux ou trois
candidats ont des chances de l’emporter dans une circonscription. Le citoyen
doit donc choisir entre voter selon ses convictions, son « cœur », ou
pour celui qui a le plus de chances de faire sortir le candidat non désiré. Ce
choix « stratégique », même s’il est dans certaines circonscriptions,
hautement compréhensible, reflète également un cynisme important.
En effet, voter « pour le moins
pire des candidats » donne raison aux politiciens de continuer à faire de
la politique comme ils le font actuellement : réponses évasives pour être
rassembleur, « langue de bois », miser sur des stratégies de
communications plus que sur des positions claires en faveur d’un tel ou tel
projet de société. Comme le dit Josée Boileau, malgré notre ras-le-bol de cela,
« les politiciens n’entendent pas. Ils
ont leurs repères, leurs conseillers,
et tout le système de représentation électorale qui leur permet de ne pas
sortir du moule »(voir son éditorial du 21 août). D’où le soulagement que
nous a apporté Françoise David au débat des chefs. Tous ont pu reconnaitre sa
prestance et, plus grave, beaucoup ont pu être étonné qu’on puisse faire de la
politique ainsi. Si nous souhaitons que le profil de nos dirigeant change,
arrêtons de voter « pour le moins pire », donc arrêtons de parler de
vote stratégique. En attendant de changer de mode de scrutin.
Concernant le système électoral, nous
parlons très souvent au Québec d’un mode de scrutin proportionnel. 25% des voix
donnent une représentation de 25% à l’Assemblée. Équitable, juste, on peut
voter sereinement en fonction de ses valeurs. Ceci dit, le seul pays qui l’utilise
aux législatives, la Belgique, a connu en 2010-2011 la plus longue crise politique
d’un état démocratique en restant 18 mois sans gouvernement de coalition. On comprend que son
inconvénient majeur de ce scrutin est le morcèlement politique qu’il peut en
advenir, et la difficulté pour un gouvernement de coalition de gérer le pays
(voir d’exister !). C’est en partie pour cela que certains militent pour une
proportionnalité mixte. Une pétition circule d’ailleurs actuellement pour
celle-ci à l’intention de Pauline Marois.
Dès lors, j’aimerais voir apparaitre,
toujours un système proportionnel, le vote unique transférable, établi en
Irlande, à Malte, et en Australie. Il permet de voter pour plusieurs candidats,
en mettant un ordre de préférence entre ceux-là, de manière à voir sa voix être
reporté sur son deuxième choix si notre premier choix n’est pas élu. La page
Wikipédia explique très bien le concept pour plus de détails.
Je finirai mon point sur cela : On
aura bien vu le PQ faire campagne en partie sur ce fameux vote stratégique. La
vidéo « le vote stratégique expliquée par Jean-François Lisée »
l’illustre bien. Intellectuel souverainiste de gauche renommé, et candidat pour
le PQ pour la première fois de son parcours politique, ce dernier désire faire
une « coalition contre le cynisme de Jean Charest [2]».
Bien que je respecte voir admire l’homme en question, je lui répondrais que
ceux qui votent Québec Solidaire ou Option nationale, ce n’est pas juste
« diviser son vote pour se faire plaisir ».
Fabien Torres
[1]BLANC L., « De la représentation
proportionnelle des minorités », in BLANC L., Questions d’Aujourd’hui et de Demain, t. I, Dentu, Paris, 1873, p. 252
mercredi 12 septembre 2012
Espace-Public
C'est avec joie que Café-Jasette s'associe à un nouveau projet : "Espace Public".
"Espace Public" se propose, à travers la production d'articles et de débats en baladodiffusions, d'apporter un regard de fond sur l'actualité et s'engage résolument dans le cadre d'une critique des médias.
Ces acteurs et actrices sont animéEs du désir de réfléchir et de jaser face à des médias qui les laissent sur leur faim, voire les frustrent. Ce projet est là pour susciter des réactions et confronter des opinions et des analyses. Il n'attend que vos commentaires et remarques pour s'épanouir et appelle évidemment avec impatience vos contributions.
Pour sa première édition nous vous proposons de revenir, après coup, sur la campagne électorale québécoise et les thèmes abordés par les principaux médias et partis.
Dans un premier texte Guillaume Tremblay aborde la notion de campagne électorale même. Qu'est-ce qu'une campagne? À qui s'adresse-t-elle?
"Espace Public" se propose, à travers la production d'articles et de débats en baladodiffusions, d'apporter un regard de fond sur l'actualité et s'engage résolument dans le cadre d'une critique des médias.
Ces acteurs et actrices sont animéEs du désir de réfléchir et de jaser face à des médias qui les laissent sur leur faim, voire les frustrent. Ce projet est là pour susciter des réactions et confronter des opinions et des analyses. Il n'attend que vos commentaires et remarques pour s'épanouir et appelle évidemment avec impatience vos contributions.
Pour sa première édition nous vous proposons de revenir, après coup, sur la campagne électorale québécoise et les thèmes abordés par les principaux médias et partis.
Dans un premier texte Guillaume Tremblay aborde la notion de campagne électorale même. Qu'est-ce qu'une campagne? À qui s'adresse-t-elle?
Mascarade
Vous savez, l'année dernière, on a fêté le cinquantième
anniversaire de l'obtention du droit de vote des femmes et on a aussi fêté le
vingtième anniversaire de l'obtention du droit de vote des Amérindiens.
Maintenant que l'on est dans une démocratie totale, il ne reste plus qu'une
affaire à régler, c'est d'avoir le choix quand on
va voter.
Richard Desjardins, Live au Club Soda
J’en suis déjà à la troisième
itération de ce texte. En fait de son ouverture. Je voulais traiter, à partir
d’un cas que je connais bien, la circonscription de Gouin où j’habite, du
phénomène électoral des poteaux. Non pas les montant verticaux auxquels on
appose les affiches électorales, mais ces candidats qui se présentent dans une
circonscription avec aucune réelle intention de l’emporter. Ces personnes qui
ne sont que l’incarnation officielle d’une présence de leur parti dans une
circonscription donnée, mais qui savent d’emblée qu’ils ne récolteront au mieux
que quelques centaines de voix. Je voulais adopter cet angle pour aborder
certains travers spécifiques de ce qu’on appelle notre démocratie. Creusant, ne
serait-ce que superficiellement, le sujet, j’ai réalisé que c’est toute la
notion de campagne électorale qui m’indisposait.
En
m’interrogeant sur des subtilités, des détails d’une campagne électorale, j’ai
rapidement glissé vers un questionnement plus large : qu’est-ce, au fond,
qu’une campagne électorale ? Et plus précisément, à qui s’adresse une campagne ?
Posons
d’emblée que les personnes politisées, ne serait-ce que minimalement, ces
personnes qui suivent l’actualité, lisent le journal, écoutent les nouvelles,
savent généralement pour qui elles voteront avant même le déclenchement d’une
campagne. Connaissant vaguement ce que proposent les divers partis, ou étant
attachées de longue date à un même parti, la campagne n’a sur elles que bien
peu d’impact si ce n’est celui d’un divertissement à saveur politique.[1]
Conséquemment, on peut postuler que la campagne électorale s’adresse aux
personnes qui, pour toutes sortes de raisons, ne sont pas au fait de la chose
politique. La campagne devient donc le moyen pour elles de s’informer et ainsi
d’orienter leur vote, mais plus encore, la campagne devient pour les partis politiques
le moment idéal pour courtiser l’électorat.
Car une campagne électorale, admettons-le,
n’est pas un exercice de démocratie, c’est plutôt une immense campagne de
marketing politique, un cinq semaines de rhétorique partisane où les
représentants des divers partis ne cherchent pas tant à présenter ce que leur
formation propose et incarne dans son essence, mais cherchent plutôt la formule
qui mettra à mal leurs adversaire et les présentera sous un meilleur jour. Formaté
à l’esprit médias de masse, les plateformes électorales ne sont donc pas
conçues pour informer ou éduquer, mais pour convaincre un électorat. Il ne
s’agit pas de convaincre quant aux idées qu’incarne un parti, mais de
convaincre de voter pour un parti. La nuance est importante. Dans notre système
électoral, où l’on fait passer pour de la démocratie la reddition de notre
pouvoir pour les quatre années suivante, on demande aux électeurs de faire un
choix sur la base de quatre ou cinq thèmes de campagne spécifiquement pensés
dans le but d’obtenir des votes. Ainsi, la campagne qui devrait constituer
l’apogée de l’échange politique citoyen se transforme immanquablement en
mascarade.
La quintessence de
cette mascarade est sans doute atteinte avec les débats des chefs. D’abord,
cette insistance sur les chefs. Manière toute populiste de personnifier les
différents partis, métonymie qui fait du chef ou de la cheffe l’incarnation du
parti et qui fait, par extension, du ou de la gagnante du débat, le parti
vainqueur. Et plus problématique encore, cette notion de vainqueur. Le débat
est une joute rhétorique, ce n’est pas un échange d’idée, ce n’est pas une
discussion, ce n’est en fait même pas un débat, mais un jeu. Il s’agit pour les
personnes qui y participent non pas de défendre des idées, mais de trouver la
bonne formule. Que retiendrons-nous du débat de Radio-Canada, que Jean Charest
devrait se retenir de fanfaronner quant à la corruption ! Sommes-nous plus
avancés ? Je passe par dessus le fait que tous les partis ne sont pas
représentés dans ces débats, moments par excellence de visibilité médiatique et
je vous demande, cherche-t-on vraiment à débattre ? Pour rester dans
l’esprit, disons que cette question était rhétorique.
À l’ère de la politique
spectacle, une campagne électorale semble participer de cette fabrique du
consentement. Douloureux écueil au cœur de la démocratie qui conditionne les
masses à consentir à leur propre domination, la campagne nous aveugle de cette
idée que nous avons un pouvoir citoyen à exercer, un choix à faire. Mais que
savons nous au final de ce choix ?
Guillaume Tremblay
[1] Il arrive que ces personnes au
fait de la chose politique prennent leur décision lors de la campagne, mais
cela me semble rarement imputable à la campagne elle-même, plutôt à l’imminence
du vote qui force au choix.
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